mercredi, juin 20, 2018

Invité à s’articuler autour du thème : « Croissance et institutions économiques. Le cas d’Haïti », mercredi écoulé, à l’Université Quisqueya, dans le cadre du cours d’ « Economie haïtienne », l’économiste Fritz Jean n’a pas avalé sa langue. L’ancien gouverneur de la Banque de la République d’Haïti (BRH) a affirmé qu’un petit groupe composé de cinq operateurs économiques prennent le contrôle des appareils de l’Etat.

Il y a deux faits qui se produisent dans l’économie haïtienne, a indiqué l’économiste Fritz Jean. Le premier s’énonce par l’amenuisement de la vague des rentes sur le commerce, l’agriculture et le commerce de l’argent. Le second découle du premier puisque les rentes diminuent, les operateurs économiques s’impliquent directement dans la gestion de l’Etat. » L’implication des operateurs économiques dans la gestion des appareils de l’Etat n’a pas toujours été une réalité dans le pays, d’après l’ancien gouverneur de la BRH.

Pour Fritz Jean, sous le régime des Duvalier, il y avait un « Etat fort » et des mesures coercitives. C’était déjà le temps des franchises et d’autres privilèges. Cependant, les bénéficiaires devaient avant tout solliciter François ou Jean-Claude Duvalier. Ces derniers, quant à eux, ordonnaient à ses ministres d’accorder les privilèges à ceux qui les sollicitaient, explique l’économiste. « Malgré la chute du régime des Duvalier, cette façon des operateurs économiques de procéder pour avoir des privilèges continuait jusqu’en 2004 », a soutenu Fritz Jean.

L’économiste a souligné que l’année 2004 marque une rupture dans les relations entre l’Etat et les opérateurs économiques. « En 2004, il y avait une mutation dans les relations entre l’Etat et les operateurs économiques. Au cours de cette année, les operateurs économiques se sont investis financièrement et physiquement pour le changement d’un gouvernement », a affirmé l’économiste, soulignant qu’il faut toujours attendre à un retour sur l’investissement quand les operateurs économiques investissent financièrement.

Pour permettre à l’assistance de comprendre, ce qu’il appelle retour sur l’investissement, l’économiste Fritz Jean a fait référence à un rapport de la Banque mondiale publié en 2015, utilisant des données en 2012. Il a fait savoir que le rapport souligne qu’il existe cinq groupes économiques qui paient seulement 3% sur tout ce qu’ils importent. « Ce ratio de 3% représente les droits de vérification. Mis à part, ce groupe de cinq, les autres importateurs paient eux-mêmes entre 11 à 27% dépendamment des produits », a fait remarquer Fritz Jean, précisant que ces operateurs économiques se sont imposés au gouvernement pour que celui-ci leur accorde des faveurs bien ciblées.

Au cours de son intervention, l’économiste a souligné que les relations entre l’Etat et les operateurs économiques ont connu une autre mutation en 2015. « Les groupes ne demandent pas de faveurs. Ils s’accaparent des appareils de l’Etat et les dirigent », a fait remarquer l’ancien gouverneur de la BRH. « A titre d’exemple : l’Office nationale d’assurance vieillesse (ONA), l’Autorité portuaire national (APN) et l’Administration générale des douanes (AGD) appartiennent chacune à quelqu’un », a-t-il ajouté.

Pour qu’ils puissent arriver à prendre le contrôle des appareils étatiques, dit Fritz Jean, ces groupes d’operateurs économiques avaient consentir de financer la campagne du président Jovenel Moïse pendant 22 mois.

« Il n’y a aucun pays, ni aucune économie qui puissent évoluer dans cet état d’emprisonnement des appareils de l’Etat. En d’autres termes, les personnes que l’Etat devrait faire des exigences de payer des taxes, ce sont elles qui dirigent les appareils de taxation et de fiscalité de l’Etat », a affirmé l’économiste. Plus loin, M. Jean a déclaré quand l’homme d’affaire Daniel Rouzier disait : « mes frères et sœurs paient vos taxes. Donner à César ce qui est à César », il s’adressait à ceux qui sont au même titre que lui des César.

Gerard Jeanty JR source Le Nouvelliste

 

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