vendredi, novembre 16, 2018

Le dossier Petro Caribe […] éviter que certains n’inventent un beau plan pour marcher à pas de tortue en vue de cacher la vérité« , avait ironiquement conclu l’ex-ministre Wilson Laleau, dans sa correspondance adressée le 13 novembre 2017 au président du Sénat, pour condamner et rejeter le rapport de Petro Caribe.

Appui qu’il a largement trouvé chez les sénateurs Lambert et Augustin, quelques mois plus tard. Pour l’actuel #2 du Palais national, le rapport Petro Caribe est : 1) un prétexte. 2) partial, partiel et partisan. 3) un acte irresponsable. En conclusion, M. Laleau, conseiller spécial et proche du président de la République, ne saurait en aucun cas, à l’analyse des faits, admettre que le président Jovenel Moise mène à bout tout le processus devant déboucher sur un procès Petro Caribe d’où selon un édito d’Haïti-Observateur, « Jovenel Moise: Un obstacle permanent à l’évolution du dossier PetroCaribe » surtout que le président eut à déclarer à Paris en décembre 2017 qu’il n’y aura « pas de chasse aux sorcières sous mon administration«

L’éditorial du 12 octobre 2018, de Haiti-Observateur, est reproduit intégralement ci-dessous

New York, dimanche 14 octobre 2018 ((rezonodwes.com))–C’est André Michel le premier qui avait dénoncé Jovenel Moïse pour être le principal « obstacle» à l’évolution du dossier Petro Caribe, c’est-à-dire un opposant farouche à la poursuite des dilapidateurs des USD 3,8 milliards détournés du compte alimenté par les profits issus de la vente des produits bruts vénézuéliens sur le marché haïtien.

À observer l’attitude du chef d’État haïtien, lors de sa visite aux Nations Unies, à New York, dans le cadre de la 73e réunion de l’Assemblée générale, cette dénonciation ne fait que se confirmer. Car au moment où la campagne PetroCaribe Challenge fait rage pour devenir un mouvement global, M. Moïse se comporte comme si tout va bien dans le meilleur des mondes.

En effet, dans le discours qu’il avait prononcé, à la tribune de l’ ONU, l’année dernière, Jovenel Moïse avait pris l’engagement de faire la guerre contre la corruption qu’il dénonçait comme un « obstacle au développement ». Il n’allait pas attendre trois mois pour signifier au monde entier que cet engagement pris solennellement en présence des plus de 190 membres de l’organisme international n’avait même pas une once de crédibilité.

Puisque, lors d’ une rencontre, à Paris, début décembre de la même année, avec des Haïtiens, des Français d’origine haïtienne et leurs amis, il devait s’en prendre à ceux qui poussent à la roue pour que la justice soit saisie de cette affaire, insistant pour que les coupables du plus grand crime financier commis par des officiels haïtiens, depuis l’indépendance d’Haïti, soient jugés, reçoivent leurs justes punitions et ordonnés de restituer l’argent détourné. Aussi déclarait-il, sans la moindre hésitation : Il n’y aura « pas de chasse aux sorcières sous mon administration ».

À cet égard, les Premier ministres, ministres, directeurs généraux et autres fonctionnaires de l’État épinglés dans les rapports des deux enquêtes menées par la Commission éthique et anti-corruption du Sénat, pilotées, la première par le sénateur Youri Latortue, et la seconde par le sénateur Évalière Beauplan, sont assurés de l’impunité. Si Jovenel Moïse doit faire les choses à sa manière, le pillage du fonds PetroCaribe restera définitivement sans suite.

De retour au pays, l’année dernière, après sa participation à la 72e Assemblée générale de l’ONU, M. Moïse n’a pris aucune action concrète qui puisse être attribuée à un geste contre les voleurs des USD 3,8 milliards $. En dépit des rappels à l’ordre, par rapport à cette promesse formulée à l’intention de la communauté internationale, soit par l’organe de Suzan Paige, ex-représentante spéciale du secrétaire général de l’ONU en Haïti; ou bien par l’entremise de Robin Dialo, l’ancienne Chargée d’Affaires des États-Unis à Port-au-Prince, Moïse affiche une attitude tout à fait indifférente.

De toute évidence, il prouve incongrûment sa solidarité à l’égard des criminels plutôt que de respecter et de faire respecter la Constitution et les lois du pays, comme il a prêté serment de le faire; en sus d’assumer la défense des intérêts souverains du peuple qui n’attend ni plus ni moins de lui.

En ce qui a trait au dossier PetroCaribe et au phénomène de la corruption, Jovenel Moïse ne manque pas de faire des déclarations visant à donner le change. Pour impressionner les gens, il a eu à dire que tous les contrats passés au cours des dix dernières années sont « surfacturés ». Mais il n’a rien fait pour tenter de récupérer les sommes exorbitantes payées dans de telles conditions par l’État. Lors de sa dernière visite aux Nations Unies, il a révélé, qu’au cours de cette même période, USD 10 milliards $ en aide, allocations et prêts obtenus par Haïti ont été gaspillés. Il a souligné, du même coup que les routes ne sont pas construites, les hôpitaux, les centrales électriques non plus, ainsi que les infrastructures en général.

Fort dans les dénonciations, il s’est également dressé contre une compagnie, qu’il s’est gardé d’identifier, l’accusant de vendre le bitume au gouvernement à USD 3,85 le gallon qu’elle a payé USD 1,27 le gallon sur le marché international, réalisant des profits énormes, soit USD 2,54 le gallon. Pour avoir dénoncé si fortement la corruption, aux Nations Unies même, l’année dernière, on s’imaginait que, même hypocritement, le chef d’État haïtien allait revenir avec le sujet, ne serait-ce pour indiquer qu’il en a fait le suivi. Mais la corruption n’était pas à son menu dans son discours traditionnel à la tribune de l’ONU, encore moins lors de sa rencontre avec les quelque 300 membres de la communauté haïtienne de New York réunis à l’auditorium de l’hôtel Hilton, à Pearl River (Orangetown), dans le comté de Rockland.

En clair, en se réfugiant à Pearl River, pour communiquer avec les expatriés haïtiens basés à New York, M. Moïse a voulu fuir comme la peste les compatriotes mobilisés dans le cadre du mouvement Petro Caribe Challenge. Alors que nombre d’entre eux avaient pris place dans l’assemblée s’imaginant que le président allait répondre à leurs questions sur ce sujet. Mais cette phase a été tout bonnement éliminée, car ce dernier n’avait aucune intention d’aborder cette affaire, désormais une épine à son talon.

Mais décidés d’exposer les voleurs des USD 3,8 milliards $ du fonds PetroCaribe, dont Jovenel Moïse se fait le complice, des manifestants l’ont poursuivi jusqu’à ce village de Rockland County, puis devant la mission d’Haïti près des Nations Unies, à la Deuxième Avenue, aussi bien qu’à la Cinquième Avenue, à Manhattan, où il magasinait avec la première dame. À tous ces endroits, nombre de passants ont eu l’occasion de lire des pancartes affichant le slogan fétiche du mouvement PetroCaribe Challange : «KOT KÒB PETWO KARIBE A». Aussi bien celles montrant Michel Martelly et Jovenel Moïse derrière les barreaux avec la mention « Bare vòlè».

En clair, donc, si le président haïtien avait la moindre intention de remplir son devoir constitutionnel, dans le cadre de l’affaire Petro Caribe, il n’aurait jamais manqué de mettre ses alliés internationaux à jour sur le dossier, précisément là où il avait, l’année dernière, dénoncé, avec une véhémence apparente, la corruption comme étant l’obstacle principal au développement d’Haïti.

À la faveur du mouvement PetroCaribe Challenge, la grande majorité des Haïtiens, tant au pays qu’en diaspora, aussi bien que dans le monde entier sont bien informés de ce dossier. Aguerris par cette campagne, que redoutent Jovenel Moïse et ses alliés, les activistes de ce mouvement doivent continuer, sans désemparer, ayant toujours à l’idée que l’aboutissement de l’initiative Petro Caribe n’a rien à voir avec l’homme qui occupe présentement le Palais national.

Aucun doute que Me Michel a raison : Jovenel Moïse ne bougera pas le petit doigt pour que soit menée à bien la campagne pour le recouvrement de cette fortune qui aurait pu lancer Haïti sur les rails du développement et assurer de meilleures conditions de vie au peuple haïtien, toutes catégories sociales confondues. Puisque le président haïtien est l’obstacle permanent au bon cheminement de ce dossier.

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